Chapitre 6

Le boulanger fatigué regarde les deux carrés de lumière qui brillent encore à travers le soupirail. Le boulanger ne comprend pas. Il reste toujours quelqu’un qui ne dort pas, alors qu’il suffit de se glisser dans son lit et d’éteindre la lumière pour dormir.

Le boulanger fatigué ne comprend pas.

Il voudrait tellement éteindre la lumière et dormir. Il pense à un coussin en préparant les croissants. Un bon gros coussin bien dodu. Rempli de plumes d’oie. Un coussin joufflu et tendre qu’on peut creuser avec sa main. Faire un creux au milieu et poser la tête dedans. Il imagine sa joue bien au chaud dans le creux du coussin. Il a les mains dans le pétrin. Ses mains travaillent toutes seules pendant qu’il pense à son gros coussin. Ses mains étalent sans y penser deux larges bandes de pâte. Ses mains s’activent pour découper  des triangles bien droits et bien réguliers. Le boulanger connait son métier. Il y a du beurre frais dans la pâte et ça sent délicieusement bon. Sur la pâte, il étale avec un pinceau large une couche brillante de jaune d’œuf mélangé à du sucre et à quelque chose que le boulanger garde pour lui. C’est son secret de boulanger. Ensuite, il roule les triangles pour en faire des croissants.

Ses mains travaillent toutes seules pendant qu’il rêve à une couette moelleuse et fraîche aussi douce que le coussin. Pendant que ses mains enfournent les croissants dorés, le boulanger rêve qu’il rêve, bien au chaud dans sa couette,  sa joue dans le creux du coussin.

 Le boulanger est très fatigué. Son crâne est déplumé. Il a les yeux rouges.  Il est aussi pâle que ses mains pleines de farine. Il a les yeux humides à force d’avoir trop bâillé. Dans le four, les croissants gonflent et roussissent. La merveilleuse odeur des croissants chauds remplit l’atelier. Elle s’échappe par une petite fente de la fenêtre. Elle remonte vers le soupirail, juste au–dessus. Elle se glisse dans la nuit. Elle danse sur le trottoir.

La merveilleuse odeur du croissant tendre, tiède et doré à point, qui se mélange au petit matin bleu.

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Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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