Chapitre 4

Mais quand on sort du métro, on retrouve les autos.

Donc, dans la Ville-Lumière, on a le choix entre le métro et les autos. Mais, sur ou sous la terre, on n’a pas le temps d’attendre. Il faut se dépêcher. Il faut aller plus vite. Tout le monde va vite et c’est comme ça.
La nuit, les conducteurs allument leurs phares et quand il pleut c’est très joli. Sous la terre, rien ne change : il fait nuit jour et nuit.

La nuit, les gens sortent et ils rentrent fatigués. Ils ont trop bu ou trop mangé. Ils composent le code et sortent les clés. Ils s’étendent sur le sofa avec leurs souliers. Ils ont mal aux jambes ou aux pieds.
La nuit, les enfants regardent le ciel bleu-nuit. Ils font des rêves bleus ou des cauchemars gris.

La nuit.
La nuit. Les autos s’arrêtent un peu et le métro est silencieux.
La nuit. La Ville-Lumière s’endort un peu et la lune se frotte les yeux.

La nuit, c’est plus doux que la soie.

Chapitre 5

La nuit, la Ville-Lumière éteint un peu ses lumières et allume des ombres bleues.

Les façades des grands immeubles sont noires. Presque. Tout  en haut ou tout en bas, quelque part vers la droite ou vers la gauche, il y a toujours une fenêtre éclairée. Même au milieu de la nuit. Un carré de lumière qui fait un trou brillant dans la façade noire. Parfois il y a plusieurs carrés allumés qui font un dessin, on dirait que c’est fait exprès.

Derrière une fenêtre, une femme boit un verre d’eau. Un homme se gratte. Une petite fille sort de son lit et court vers les toilettes. Un petit garçon s’est assis sur son lit et on dirait qu’il pleure. Quelqu’un lit. Quelqu’un regarde la télévision dans le noir et ça fait des taches rouges ou bleues ou jaunes ou vertes dans son salon. Comme s’il avait allumé une guirlande multicolore.
La petite fille se recouche et son carré de lumière disparaît. La femme regarde par la fenêtre, son verre d’eau à la main. L’homme continue de se gratter. Le petit garçon s’essuie les yeux avec la manche de son pyjama. L’homme va se coucher et éteint la lumière. Il reste le petit garçon triste et la femme qui regarde la nuit.

Dans les grands immeubles de la Ville-Lumière, il reste toujours quelqu’un qui ne dort pas, la nuit.