Chapitre 1

Il était une fois une grande ville remplie de bruit.

Tout le monde l’appelait la Ville-Lumière, parce qu’il y a bien longtemps, Gabriel Nicolas de la Reynie avait eu l’idée de mettre des lampadaires sur les rues avec des lumières dedans. Si Gabriel Nicolas avait décidé d’installer des toboggans, on l’aurait appelée la Ville-Toboggan et on aurait pu glisser le long des avenues. Sans les lampadaires, dans le noir, on aurait eu l’impression d’aller deux fois plus vite, d’avoir deux fois plus peur.
Ça aurait été vraiment génial.
Mais bon. Là, Gabriel Nicolas a eu l’idée des lampadaires et finalement c’est assez utile pour voir les flocons de neige qui tombent, la nuit. Et aussi, c’est très utile pour les chiens, lorsqu’ils veulent aller aux toilettes, il y a toujours un lampadaire pour faire pipi. Pour le reste, il faudrait dire à leurs maîtres de les emmener ailleurs. Ou alors de ramasser leurs crottes parce que le chien ne peut pas ramasser sa crotte tout seul et que c’est dégueulasse de marcher dans une crotte de chien.

Remplie de bruit et de lampadaires, la Ville-Lumière s’étend jusque très loin. On ne peut pas en voir le début, ni la fin. Pour essayer de donner une idée de la largeur et de la longueur, Gustave Eiffel a construit la tour Eiffel. Quand on monte au sommet, on est presque dans les nuages et ça fait un comme un creux dans l’estomac. Même s’il y a des grillages pour éviter de tomber.
Eh bien, même au milieu des nuages, avec la tête qui brûle et l’estomac qui tremble; même tout au sommet de la tour Eiffel, aussi loin que porte le regard et dans toutes les directions, on ne voit que la ville. On voit aussi des arbres, c’est vrai. De grands arbres et les trous verts des parcs où les chiens vont promener leurs maîtres.

Et partout autour des parcs, la ville déroulée sur le sol comme un grand tapis épais.

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Chapitre 2

Mais quand on redescend de la tour Eiffel, on se retrouve au milieu des routes et des automobiles.

Des automobiles partout. Des autos qui vont vite. Des autos en panne ou dans les bouchons. Des voitures qui attendent au feu rouge et il faut faire très attention parce que les conducteurs en ont marre d’attendre. Dès que le feu passe au vert ils accélèrent sans regarder pour aller s’arrêter le plus vite possible au prochain feu rouge. Là, ils s’énervent jusqu’au moment où le  feu passe au vert. Ils accélèrent. Jusqu’au prochain feu rouge. Ils font ronfler leur moteur. Ils sont très  en retard. Ils sont très énervés. Ils sont très en colère contre le ministre qui met des feux rouges partout. Dans ces moments-là, il vaut mieux regarder quatre fois  à gauche et quatre fois à droite avant de traverser la chaussée. Même si, de l’autre côté de  la route, caché dans sa petite boîte noire, le petit bonhomme qui marche s’allume en vert pour vous dire de passer. Forcément, enfermé dans sa boite, le petit bonhomme vert ne regarde ni à gauche, ni à droite. Il ne voit pas venir le conducteur énervé qui est très en retard et qui pense que ça va passer quand même.

Les piétons n’ont qu’à bien se tenir. C’est ce que se dit le conducteur énervé.